Mardi 22 avril 33.160 :
Tout en marchant derrière ce drôle de type que je fais semblant de connaître sans avoir rien à lui dire, je fais abstraction de tout. Je le suis comme si j'étais dans les profondeurs d'une grotte, je ne vois que lui, mon faisceau de lampe, enfermée dans mes pensées, plus sombres que les abysses à jamais inexplorées.
Je pense au cambriolage. Je ne vois que ce mot pour exprimer ce qu'ils m'ont fait. Ils ont cambriolé ma vie. Ils m'ont tout pris et aucune assurance ne me rendra ce que j'ai perdu.
Quelques mois avant... que ma vie ne soit plus ma vie, trois hommes -c'est un voisin inconnu qui les avait compté lorsqu'ils avaient sauté le portail- sont venus chez moi et ont emporté ordinateurs et téléphones portables. Sur le moment, çà ne m'a rien fait que du vide à l'intérieur. Quelques jours plus tard j'ai remarqué que j'avais changé mes habitudes et je me suis rendue compte que ce qu'on m'avait volé ce n'était pas tant les photos des gosses que je n'avais pas sauvegardées depuis six mois, ce n'était pas le boulot administratif que j'avais abattus durant l'année scolaire, ni toute l'énergie que j'avais mis à apposer mon emprunte à tous ces appareils pour qu'ils forment une extention de moi-même... Non ce qu'on m'avait pris de plus important c'était ma sérénité. Depuis ce jour, ma porte a été fermée à clef aussitôt rentrée, aussitôt sortie. Pas un volet n'est resté ouvert, j'ai emporté sur moi des objets dont je n'avais pas besoin de peur de ne plus les retrouver en rentrant, j'ai caché les autres dans des cachettes improbables que je changeais régulièrement...
J'essaye de ressentir le vide, ce vide serein qui m'avait habité avant que la vague d'angoisse ne me submerge. Ce que je voudrais c'est surfer sur cette crête éternellement.
Il ouvre une porte et m'enjoint à passer devant lui sans croiser mon regard alors, moi, je suis bien obligée maintenant de regarder où je vais. Il veut que je rentre dans un grand bureau au décor froid. Les plantes qui envahissent l'espace avec zénitude n'arrivent même pas y faire entrer un peu de vie. Elles semblent toutes artificielles. De derrière une feuille de bananier, émergent de longues jambes interminables -Sharone Stone ?-. J'avance, elles ne bougent pas. La porte se referme dans mon dos. Elle n'a pas claquée mais je me retourne le coeur battant... elle n'a pas disparue... Ma respiration s'appaise.
Elle se lève, et quand je la vois, je sais qu'elle s'appelle Etriade et qu'elle est ma mère même si elle ne me ressemble pas. Je ne l'ai jamais décrite dans mon roman. Je l'ai eu dessiné mais je dessine mal, je n'arrive pas à mettre en image ce que j'ai dans la tête, car ce que j'ai dans la tête reste souvent à l'état d'émotion, d'esquisse sensitive. Quelque chose me prend à la gorge, une émotion que je n'arrive pas bien à placer entre la terreur et l'émerveillement. Quand j'imaginais rencontrer des fées je pensais à cette émotion, je l'avais déjà conceptuamisée : une furieuse envie de m'enfuir et en même temps une fascination telle que j'en resterais clouée sur place.
Mes lèvres expriment les syllabes à mon corps défendant et çà la fait sourire :
-E-tri-ade ?
Ce livre m'a conquise au-delà de tout ce que j'attendais. Ecrit en 2006, c'est un portrait éclairant de la ville au
travers de la vie de ses citoyens les plus engagés. Il reflète parfaitement ce que Marseille peut générer en terme de rêves et de déceptions.
Nous avons
testé la balade 28, le fort de Niolon.
Nous avons
testé la balade 14, le vallon des trésors cachés, Saint-Marcel :
J'ai pu voir le départ d'une 