"pèlerinage" de Pâques

Publié le par Eterlutisse

Google Maps m'avait proposé dès la première fois un itinéraire que j'avais délaissé car trop urbain. De chez moi au centre ville en passant par la très longue rue multinyme qu'il a nommé pour faire vite "rue de Lyon" mais que j'ai commencé à prendre quand elle s'appelait avenue de Saint Louis et sur laquelle je marchais encore quand elle a pris le nom avenue Roger Salengro. Pour moi une rue va d'un croisement A à un croisement B mais celles-ci semble infinie et n'arrive pas à être défini par ce mot qui délimite.

Aujourd'hui il pleuvotait et je m'attendais à ne rencontrer personne mais la "rue de Lyon" est l'une des artères vitale de cette ville, une sorte de centre périphérique où s'activent ceux que "Marseille capitale 2013" ignore. Ils font leur courses, boivent et fument dans les bars, promènent leur chien, portent des cartons de pizzas... Ils vaquent dehors par tous les temps.

Saint Henri, Saint André, les escargots sont en liesse, je marche avec précaution pour ne pas gâcher la fête. Les camps de gitans itinérants ou sédentaires agitent mes papilles mémoire avec les agneaux pascales qui commencent à rôtir sur des broches gargantuesques. Les flammes orangeoient dans la grisaille béton, goudron et ciel plombé. L'atmosphère particulière de ce jour Saint m'envahit. Je collectionne les sourires sur mon passage, je ne les compte pas, j'en profite juste comme des vagues qui m'éclaboussent quand je prends la navette Estaque-Vieux Port. Les sourires réponses enclenchent en moi des cascades de petits bonheurs tranquilles.

J'arrive rapidement devant l'église de Saint-Louis surmontée de son ange en position de yoga, le "salut au soleil". Je me lance futilement un défi en voyant sur un panneau couleur flamme que les offices se font le dimanche à 10h30 : "Si il est 10h30, je rentre dans l'église !". Je vérifie l'heure sur mon portable, pile 10h30... Difficile de me défiler. Je suis donc entrée chanter quelques chansons. Les fresques à la gloire des ouvriers me donnent l'impression paradoxale d'être dans une église communiste. Le prêtre nous a aspergé avec de l'eau baptismale. A posteriori c'était assez bizarre pour quelqu'un qui n'est pas catholique ça me donne l'impression de m'être faite baptiser, mais sur le moment c'était juste un moment que j'ai aimé partager avec tous ces gens rassemblés pour célébrer Jésus.

Ensuite, une fois engagée dans la rue de Lyon, l'ambiance est retombée, c'était un dimanche comme tous les autres.

De nombreuses friches jalonnent cette longue voie. Certaines sont entrain d'être colonisées par des promoteurs avides d'espace. Les espaces vides donnent du temps aux rêves, aux mystères, aux passés, aux futurs et à mon présent... J'explore un immeuble disparu, décidée par les encouragements d'une passante qui me dit y être allée aussi pour récupérer une grille qui n'y était finalement plus. Je ne suis pas à l'aise lorsque je sorts des sentiers tracés par les trottoirs, je ne prolonge pas longtemps ma visite.

"pèlerinage" de Pâques

Le marché aux Puces est toujours une source d'étonnement pour moi. Je regarde des collections impressionnantes autant qu’improbablement vendables de casseroles ou de robinets usagés. Ici la vie, effervescente et si existentielle est encore plus tangible.

L'avenue Roger Salengro m'a donné l'impression d'avoir été livrée à une mutation destructrice. Tout semble abandonné à l'entropie et la désespérance. J'imprime mes pas dans le seul substrat mou sur lequel j'ai pu marcher. Laisser un trace de mon passage m'amuse, aussi éphémère que celle laissée sur un chemin forestier détrempé mais tellement incongru ici.

"pèlerinage" de Pâques

J'ai un peu hésité et reprisé mon chemin plusieurs fois pour finalement arriver au Mucem. Je m'étais vaguement donné comme but la visite de l'exposition temporaire "Splendeurs de Volubilis" et comme rien ne m'a finalement déroutée j'y suis allée. L'aventure était pour la suite. Je m'étais promise de ne pas aller voir l’exposition sur le Carnaval car je n'ai jamais eu d'empathie pour cette fête. J'ai dû faire la queue pour entrer dans les salles des expositions temporaires aussi me suis je dis que je ne perdais rien à aller finalement y jeter un coup d’œil. J'ai traverser tout le champ des émotions en admirant les costumes effrayants, drôles, mystiques, oniriques...

"pèlerinage" de Pâques
"pèlerinage" de Pâques
"pèlerinage" de Pâques
"pèlerinage" de Pâques
"pèlerinage" de Pâques

J'ai pris de la hauteur avec la Grande Roue du Vieux Port pour trois tours. Opportunément elle a commencé à s'élever sur le bruitage de grincements de "Experiments In Silence" de Hood.

J'ai pris le chemin du retour avec quelques navettes des Accoules via la mer. J'ai profité du bateau qui fait la navette entre le Vieux Port et l'Estaque depuis fin mars. La mer était très calme et les enfants avec qui j'ai partagé la joie d'être à l'avant particulièrement enthousiastes.

"pèlerinage" de Pâques
"pèlerinage" de Pâques

Commenter cet article