17 MAI, Des dessins contre les LGBTphobies

Publié le par Eterlutisse

17 MAI, Des dessins contre les LGBTphobies

J'ai vécu jusqu'au "débat" sur le mariage pour tous en pensant que les homophobes étaient une minorité visible et inculte qui faisait des graffitis débiles et reproduisait des discours archaïques dans des chansons et des discours politiques. Comme pour beaucoup de choses je vis sur ma planète, imaginant que la tolérance et la bienveillance sont une valeur partagée par la majorité des gens.

Je ne me posais pas vraiment de question parce que c'était une thématique éloignée de mon quotidien. Donc, je ne me posais pas de question jusqu'à ce que, dans mon école, on annonce aux parents d'élèves que les CE2, les CM1 et les CM2 iraient voir "Tomboy" au cinéma... J'ai passé plusieurs semaines à tenter vainement d'apaiser des parents révoltés. Le cinéma partenaire a organisé une séance exceptionnelle pour que les parents voient le film avant la projection prévue pour les enfants. Marcel Rufo est venu pour répondre à leurs questionnements et malheureusement accroître leurs peurs... J'ai eu soudain l'impression de vivre au Moyen Age. Un parent d'élève nous a accusé : "Vous les laïques, vous n'avez pas le sens de la famille." J'ai découvert à cette occasion la "théorie du genre". J'ai creusé un peu le thème avec la revue PEPS, soulagée qu'il y at des parents un peu comme moi en France. Mes parents m'avaient laissé revendiquer mon statu de garçon manqué, j'ai fait de la boxe et de la danse, je ne portais jamais de robe ou de jupe et j'avais les cheveux longs, je jouais à la poupée, aux Playmobiles et aux Légos, je préférais jouer avec les garçons mais j'avais des copines avec qui je tolérais de m'ennuyer parfois, en gros je pouvais être qui je voulais et je veux la même chose pour mes enfants.

J'ai demandé ma mutation pour plein de raisons, l'une d'elle était : changer d'ambiance. Ça me paraissait vital : être le témoin impuissant de la montée de l'intégrisme et de la phobie de l'autre dans mon quartier a été difficile à supporter. Me rendre compte que mon statu de mère de trois enfants me donnait une légitimité en tant qu'enseignante alors que je ne l'aurais pas eu si j'avais été lesbienne m'a interrogé. J'étais "normale" parce que j'avais homme et gosses à la maison. Mais en fait j'étais qui ?

Dans ma nouvelle école, je suis aussi tombée de haut quand, en discutant d'homosexualité avec un parent d'élève à l'apparence et au discours totalement tolérant, je me suis rendu compte que l'homophobie était vraiment comme le racisme. Beaucoup d'homophobes ne se déclarent pas parce que ça fait "intolérant". Donc, cette personne a "terminé" notre conversation par cette phrase -disons qu'après je n'avais plus trop envie d'exposer ma vision des choses et être directement déchue de ma légitimité à enseigner- : "Il faut les accepter mais il ne faudrait pas que ça devienne la norme." Quelle peur était exprimée là ? J'accepte les homosexuels mais je ne veux pas devenir une minorité ? J'ai peur qu'il y en ait de plus en plus ? L'invasion ? Je veux pouvoir continuer à penser tranquille que je suis normal et eux non. Justement le débat est là, être homosexuel c'est aussi normal que être hétéro. Dans notre monde de statistiques, c'est le nombre qui fait la norme. J'aimerai qu'on est le droit d'être des individus pas des membres de catégories.

J'ai eu envie de participer à la campagne de crowfunding du projet "17 mai" parce que je ne comprenais pas pourquoi des personnes voulaient décider à la place d'autres personnes. Je n'autorise personne à décider pour moi concernant mon cœur ou la composition de ma famille et je trouve insupportable qu'on veuille le faire pour les autres. L’existence d'un "débat" me révolte. L'instrumentalisation des religions pour justifier l'homophobie me révolte. Faites ce que vous voulez pour vous et laissez les autres faire ce qu'ils veulent !

Tous les jours je suis au front : familles monoparentales, parents adoptants, pères ou mères absents, familles recomposées, familles éclatées, parents assumant mal leur rôle,... J'ai souvent envie qu'on demande aux aspirants parents de passer un examen avant de s'engager et savoir dans quelle position ils préfèrent faire l'amour ou avec quel genre ne ferait surement pas partie du questionnaire !

Cet album m'a beaucoup plu, il présente le vécu de ceux qui sont stigmatisés pour leur orientation sexuelle, leur apparence ou leur désir de fonder une famille. 30 dessinateurs et scénaristes font partager leur vision de la situation actuelle. Je ne parlerai pas de toutes les participations car il y en a vraiment beaucoup. Certaines m'ont marquée plus que d'autres.

J'ai adoré la poésie et la douceur du trait de Dwam qui dessine et exprime parfaitement ce que je pense. Je ne me sens ni Homme, ni Femme, ni Trans, ni autre chose hormis Moi. J'ai des goûts, des qualités et des défauts qu'on attribue à l'un ou à l'autre des genres et mon corps est de sexe féminin tout ça forme mon identité propre et non genreable.

"Pour Moi Aussi" de Mawy a renforcé mes convictions sur l'infamie qui consiste à interdire à certains de fonder une famille. Je me suis arrachée les yeux pour lire chaque mot de ces 4 pages hyper-denses et militantes sur le droit à la PMA pour les couples non hétéro mais ça valait la peine.

La page de Julien Polomé m'a faite rire même si je me suis reconnue dans la fille qui dit "Ah mais j'te comprends trop bien, moi aussi j'suis un peu comme un mec dans ma tête...". J'ai ri jaune parce que moi aussi des fois j'en ai marre de ne pas avoir le "droit" d'être différente juste parce que je suis jugée "normale". Quand tu es "normal" tu es aussi dans une boîte étroite. Cette case m'a renvoyée à l'image que je donne à voir et qui me gonfle parce qu'elle n'est qu'une apparence que je dois donner pour conserver mon gagne pain. Elle à l'air de vouloir me dire "moi je suis trans, je suis quelque chose et toi t'es rien de spécial, t'es juste une hétéro, mère de famille, fonctionnaire qui a bientôt 40 piges alors ta gueule, tout le monde s'en fout de ta vie et de tes nuances. Les nuances on s'en fout !". C'est pour ça que les pages de Dwam m'ont fait beaucoup de bien. Je ne me suis plus sentie exclue, j'ai eu le droit d'exister, en entier !

J'ai adoré l'histoire de Carole Maurel, une scène dans un jardin public. Deux couples, un hétéro et un homo supportent difficilement les conseils éducatifs inappropriés de leur belle-mère respective. Il montre que finalement le combat contre l'homophobie c'est un combat contre un système de pensée dépassé que certains essayent de faire perdurer alors qu'il est ridicule et inadapté à la réalité.

Je me rends compte qu'en feuilletant, j'ai envie de dire un mot sur chacune des planches parce que si ou ça alors le mieux c'est quand même que vous le lisiez pour vous faire votre idée ;) !

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