Vendredi 6 février 2009

Utonia se lève rouge de rage. Le grand-père saisit son bras qui passait à sa portée.

- Talie, contacte les Petits Hommes ; ils la guideront par les souterrains. Le griot lui a accordé sa confiance. Ce n’est pas Sidi qui te demande de lui faire confiance c’est lui, il nous l’a envoyé, fais tes excuses ; ta défiance nous déshonnore. Nous devons aide et hospitalité à qui nous la demande.

La jeune femme se mort les lèvres de rage, baisse les yeux et fait des excuses. Utonia est gênée. Elle baisse aussi la tête et reste plantée devant le grand-père. Trouvant enfin une idée, elle remercie le vieil homme et, s’adressant à Talie, lui demande si elles peuvent partir sur le champs. Celle-ci se lève à son tour.

- J’arrive. Sidi, tu garderas grand-père. Je vais passer une robe.

Elle revient les cheveux enturbannés, vêtue d’une robe de bazin verte et chaussée de claquettes. Elle jette une robe similaire à Utonia puis l’ayant regardé la passer au-dessus de ses vêtements lui fait signe de la suivre.

Elles sortent dans les rues maintenant passantes de la cité, hommes et femmes circulent avec leurs paniers à provisions chargé. Les buveurs de thés ont investi les pas de porte. Les enfants revenu de l’école jouent avec des ballons de raphia, de petits galets ronds utilisés comme des billes, des petits personnages de bois… Les cours sont toutes largement ouvertes laissant voir des cuisiniers et cuisinières en pleine préparation pour le repas de la mi-journée. Les places qu’Utonia et Talie traversent sont le lieu de vives discussions entre des jeunes, filles et garçons entourant des femmes ou des hommes d’âge vénérable. Utonia extrait des bribes de leur discours.

- Nous ne sommes que des nains juchés sur les épaules de géants disait Rabelais, les jeunes générations pensez tout le contraire n’est-ce pas ? Je t’entendais Malinké tout à l’heure demander pourquoi on ne vous reconnaît pas encore le statu d’adulte... Plus loin, sous un grand manguier.

- Mon père est plus cool que ma mère, elle, elle me gonfle tout le temps avec ses fais pas ci, fais pas çà… Utonia serait bien resté leur dire combien son parrain était injuste avec elle, que le monde des adultes l’avait lassé par ses hypocrisies avant même qu’elle n’y ait mis réellement le pied mais Talie semblait forcer l’allure à chaque nouvelle bifurcation. Utonia commençait à devoir trottiner.

- Tu essayes de me semer ou quoi ?

- Ne dis pas n’importe quoi, mais j’ai pas envie d’y passer la journée, la carrière est à l’autre bout de la ville !

Elles arrivent dans un petit bois ce qui étonne Utonia, aucun autre étage ne laisse proliférer une nature aussi peu entretenue. Il y a des jardins à tous les étages, certains de plusieurs hectares mais la flore y est domestiquée. Elles traversent la pinède toujours au pas de course. Utonia ressent toute une faune peut-être hostile, en tout cas celle-ci n’a pas le temps de matérialiser ses velléités agressives. Talie court et Utonia a un point de côté. Talie s’explique lapidairement pour conserver son souffle.

- C’est le bois sacré ; il est peuplé d’esprits, il ne faut pas s’y attarder, je n’ai pas apporté d’offrande pour les amadouer.

Utonia manque de renverser Talie quand celle-ci s’arrête brusquement à l’entrée de la carrière. Un village troglodyte s’élève sur une façade de roche calcaire adossée à l’écorce de Baobabcity.

- C’est ici qu’ils vivent ; les petits hommes. Avec les Amazones.

- C’est quoi les amazones ?

- Une micro communauté protégée par l’Esprit Premier. Des femmes qui vivent entre-elles, ont leurs propres règles ; le Lead refuse de leur accorder le statut de communauté en raison de leur petit nombre. Elles existent pourtant depuis le début des communautés ! Viens, on doit voir leur matriarche, c’est elle qui nous accordera un guide.

Les femmes qui les accueillent en chantant des louanges de bienvenue ont les seins nus et les sourires larges. Des ribambelles de gamins s’égayent entre leurs jambes. La plupart ont abandonné leur tour de potier ou leur ouvrage de vannerie, de tissage ou autre pour venir voir les deux nouvelles venues. Talie les détrompe sur le but de leur visite, elle ne leur amène pas une nouvelle recrue. Seules trois femmes restent avec elles une fois le chant terminé. La première part leur chercher une infusion au délicieux parfum fleuri s’échappant des verres en grès en volute de vapeur. Elle s’occupe de leur en resservir quand les verres sont vides. Utonia boit le breuvage assise sur une natte tressée de feuilles teintées de bruns et d’ocres qu’on lui a assignée dans l’une des habitations. Il fait frais sous leurs voûtes basses. De grandes tentures ornées de scènes érotiques dans les tons rouges, or, feu drapent les murs. La deuxième femme fait des politesses à Talie lui demandant des nouvelles de sa famille et la troisième reste silencieuse, légèrement en retrait consignant des mots et des dessins sur une feuille de parchemin. Utonia observe la scène avec curiosité. Elle sursaute à l’arrivée d’un attelage peu commun.

Une femme à la volupté boteroienne fait son entrée, assise sur une chaise à porteurs rehaussée d’or et de pierreries mue par quatre nains trapus et rougeauds, aux grandes oreilles surplombant leurs crânes chauves. Ils sont vêtus de simples pagnes blancs ceignant leur reins. Ils déposent leur fardeau avec légèreté. Enveloppée dans des drapés grecquisants, couvertes de bijoux, la matriarche leur accorde un regard digne non dénué de bienveillance puis elle s’adresse à ses invitées.

- Talie, que nous vaut le plaisir de ta visite ?

- Mère, cette femme a besoin d’un guide pour la mener dans le ghetto par les souterrains ?

- Qui vas-tu voir dans le ghetto avec tant de discrétion ?

- Puis-je lui dire ? Chuchotte Utonia à Talie en faisant semblant de boire.

- Elle est appelée par le griot pour porter secours à Amyssa qui a été enlevée par une chimère.

- Son père n’a-t-il pas intérêt à offrir tout son aide à celle qui vient en aide à sa progéniture ? Elle pourrait obtenir une aide bien plus efficace de sa part.

- Il a choisi d’autres voies, Mère. Tu connais les différents qui oppose Chaca et Dyédann depuis toutes ses années…

- Biensûre, je ne vais point retarder l’envoyé du bienfaiteur des Amazones par ma curiosité en une heure si grave. J’accorde sans délai un guide à … Comment te nommes-tu jeune fille ?

- Utonia.

- Utonia ? Est-ce tout ? Quel est le prénom de ta mère ?

- Je n’ai pas de mère mais feu mon père s’appelait Keryal  de la communauté des Consommacteurs et celui qui a fait office de mère, si l’on peut dire…

- On ne pas le dire. Le griot est allé cherché bien loin de sa communauté l’élue de ses nobles aspirations.

Par eterlutisse - Publié dans : roman en ligne - Communauté : Le Cercle des Passeurs de Rêve
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