M'vlà donc entrain de déambuler rue de la République. La première cliente ne tarde pas, une matinale. Elle sort d'un bureau de tabac avec une liasse de
solitaires. Je la regarde d'abord parce que çà me fait marrer de regarder les vieilles belles, le brushing impec', les ultraviolets qui rayonnent de partout, les jambes comme deux poteaux qui
émergent d'un improbable tailleur griffé couture ou peut-être Tati. Et là le truc qui vous la coupe, elle gratte, elle jette, elle gratte, elle jette comme si la fortune allait pousser sur ses
talons. Je la suis tranquille en aspirant derrière elle, elle, elle ne se démonte pas après un bref coup d'oeil par dessus son épaule, un sourcil à peine haussé, elle gratte, elle jette, elle
gratte, elle jette. Jamais vu aussi peu de veine. C'est sa journée. Une fois qu'elle a eu fini son petit manège, on est presque arrivé à Colbert. Je continue à la suivre et là elle s'arrête, se
retourne brusquement, l'air bourgeoisement outré : "Vous n'avez rien d'autre à foutre." Elle s'est pris le jet en pleine face, débrushée, démaquillée, décalquée ! C'est trop bien fait, tout est
resté collé, pas une miette sur le trottoir, j'ai fait un balayage vertical pour que ce soit homogène, dommage qu'elle ne se soit pas tourné : la bonne-femme de papier. Petite photo souvenir avec
mes lunettes roses-, pour les patrons- et puis tchao. Elle n'a rien dit, elle n'a pas hurlé, elle n'a pas bougé. Et moi j'étais déjà dans le tram.
Par eterlutisse
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Publié dans : roman en ligne
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