roman en ligne

Samedi 11 juillet 2009
M'vlà donc entrain de déambuler rue de la République. La première cliente ne tarde pas, une matinale. Elle sort d'un bureau de tabac avec une liasse  de solitaires. Je la regarde d'abord parce que çà me fait marrer de regarder les vieilles belles, le brushing impec', les ultraviolets qui rayonnent de partout, les jambes comme deux poteaux qui émergent d'un improbable tailleur griffé couture ou peut-être Tati. Et là le truc qui vous la coupe, elle gratte, elle jette, elle gratte, elle jette comme si la fortune allait pousser sur ses talons. Je la suis tranquille en aspirant derrière elle, elle, elle ne se démonte pas après un bref coup d'oeil par dessus son épaule, un sourcil à peine haussé, elle gratte, elle jette, elle gratte, elle jette. Jamais vu aussi peu de veine. C'est sa journée. Une fois qu'elle a eu fini son petit manège, on est presque arrivé à Colbert. Je continue à la suivre et là elle s'arrête, se retourne brusquement, l'air bourgeoisement outré : "Vous n'avez rien d'autre à foutre." Elle s'est pris le jet en pleine face, débrushée, démaquillée, décalquée ! C'est trop bien fait, tout est resté collé, pas une miette sur le trottoir, j'ai fait un balayage vertical pour que ce soit homogène, dommage qu'elle ne se soit pas tourné : la bonne-femme de papier. Petite photo souvenir avec mes lunettes roses-, pour les patrons- et puis tchao. Elle n'a rien dit, elle n'a pas hurlé, elle n'a pas bougé. Et moi j'étais déjà dans le tram. 
Par eterlutisse
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Mercredi 1 juillet 2009

Wouaho l'averse en rentrant ! Quand j'ai ouvert la porte, tout ruisselant, j'ai cru que j'avais plongé dans la piscine. Mon appart' avait été javellisé du sol au plafond. Je me rappelle pas lui avoir dit que je supportais pas l'odeur mais je crois çà a été instinctif pour elle. Quand elle est apparue corps de rêve dans son tee-shirt trop grand, juste çà, rien d'autre, j'ai oublié de respirer, çà allait mieux, et j'ai été pris d'un désir passionné pour la gente ménagère. J'avais eu le job, courir sous la pluie, tout ces salamalecs à la James Bond -ou plutôt à l'inspecteur Gadget- qu'ils m'avaient imposés, je crois que toute l'euphorie est descendue d'un coup dans ma verge. Et puis la douche : "T'avais laissé en bordel ce matin ! Draps en boule, table dégueulasse...
-J'ai eu le job. J'ai juste dit pour introduire. 3000 cash par mois." J'ai lâché pour finir. Elle a plus rien dit elle m'a littéralement sauté dessus, j'avais même pas fermé la porte-, je crois qu'elle s'en fout,- j'l'ai quand même claqué d'un revers de talon et c'est remonté d'un coup. J'l'aime c'est sûr !

Le lendemain, elle était encore endormie quand je me suis levé. J'avais pas envie de traîner, j'ai déjeuné au café d'en bas ; noir bien tassé et p'tits beur'. J'ai pris le tram jusqu'à Euromed', même ascenseur qu'hier, même étage, tiens, pas même petite secrétaire en jupe courte -on le voit pas derrière son pupitre mais çà se devine ses choses là-. Elle m'oriente vers le deuxième couloir, pas celui où on attend trois plombes avec la drôle d'impression que quelqu'un est entrain de vous mater vous curer le nez en feuilletant Voici. Au bout du couloir en cul de sac, une porte automatique coulisse, la classe ! Il fait tout noir et puis tout blanc à la Matrix. Je cligne un peu et une autre porte coulisse : vestiaire, je serais bientôt l'homme en noir ! J'enfile un genre de combinaison de plongée intégrale, moule muscles tout confort et puis par dessus j'ai à mettre un uniforme de cantonnier qui se de-scratche pour faire comme dans les spectacles de magie, zouuuu, je suis plus habillé pareille ! Je dois aussi mettre la casquette, les lunettes de ski rose fluo et le masque : ma mère ne me reconnaîtrait pas. Je bosse pour des voyeurs ! A peine le dernier accessoire en place, le fond de la cabine s'ouvre pour que je puisse prendre mon aspi' crottes et papiers, un modèle très... novateur, le pourquoi des 3 plaques et de la clause de confidentialité.

Par eterlutisse
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Dimanche 21 juin 2009

"Sté de nettoyage rech (h./f.), ss qualif., emploi soumis à clause de confidentialité, exp. théâtre souhait." Une adresse, même pas de téléphone ! Le moyen âge cette société. Le croissant laissé par Nadine a un arrière goût de poussière, elle s'est encore trompée de boulangerie, il y en a pourtant que deux dans la rue. Elle est mignonne Nadine toujours aux petits soins pour lui, depuis une semaine déjà, un record pour le Rmiste mal rasé qu'il est. Dans quelques semaines il serait un Rsaïste s'il trouve du boulot ! Pour çà qu'elle lui rapporte "Top" de son boulot à elle. Elle est mignonne Nadine mais elle commence à le gonfler avec ses bonnes pensées. Elle lui a entouré l'annonce ; sans qualification ! Il a son bac quand même ! Et puis faire la femme de ménage, quelle carrière... Le café aussi il est trop clair. Il se lève sans un au-revoir à la tasse à moitié pleine, au croissant à peine entamé, aux gouttes éparses dans lesquelles il voyait un petit cheval galopant quelques instants auparavant. Il sort, claque la porte, la clef au fond de la poche, l'adresse en tête ; çà l'intrigue quand même du théâtre pour faire les carreaux !

(A suivre http://baobabcity.over-blog.com/article-33341402.html)

Par eterlutisse
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Samedi 20 juin 2009

Je le vois, malgré la matière, les murs, les portes, la foule ; démesuré. Il emplit tout l'espace sur son passage comme une rafale. Personne ne le voit à part moi. Subjugué par la terreur, mes yeux exorbités, je me terre dans l'immobilité. Quand il entre dans ma salle, je cours comme si je pouvais échapper à sa fureur. Je me réfugie derrière la porte, je plaque le tableau sur elle, bras tendus devant moi et l'implore comme s'il était lui. Il est lui, un avatar, une parcelle de ce qu'il fut : "Protège-moi, prends moi !" Je répète ma litanie ne le quittant pas des yeux. Derrière la porte mon maître hurle sa colère, frappe, griffe, fouaille le bois et l'encadrement de béton : "Je t'ai créé saltimbanque. Tu n'existe pas sans moi ! Comment oses tu me résister." Et moi de l'autre côté qui fixe son visage d'huile. Je m'imprègne des couleurs profondes jusqu'à ce qu'elles vibrent. Le rouge devient lumineux sombre, métallique. Le relief de ses yeux mute en un noir profond, infini qui commence à m'absorber. Mon incantation fonctionne, je psalmodie toute la force de mon désespoir : "Protège-moi. Prends-moi avec toi." J'implore la représentation de mon créateur de me reprendre en son sein ; ne plus être pour ne plus subir. Je commence à me diluer, çà y est. Je suis de nouveau le regard. Le gouffre s'inverse, mon coeur immatériel se gonfle mais la voix de mon maître à l'extérieur me l'étreint d'un coup sec ; il s'est emparé du tableau au moment où mon corps à cessé de résister à l'ouverture de la porte.
Il veut me faire sortir et me châtier. Je n'ai plus conscience des lieux ou du temps mais je sais que nous sommes revenus chez lui et sa colère se cristallise dans son discours, la menace est moins précise et son suivant l'apaise. Il le raisonne et moi aussi je lui rappelle que je ne suis rien que les humains sont illusion et que je n'en suis qu'un reflet ; il n'y a que lui qui est réel. Et son esprit flatté tiédit et s'ouvre à la confidence, je suis redevenu le serviteur, l'insignifiant à qui l'on parle comme à soi même. Moi le même pas humain, moi le saltimbanque, le figurant sur le tableau qu'on ne voit pas dans l'ombre de son maître, l'image fugace qu'il a créé pour récupérer l'instantané de son âme enfermé par l'esprit lucide d'un peintre dit inspiré. J'écoute, ébahi. Les mots m'époustouflent, me rassurent, chacun est comme l'écho de plus en plus lointain d'un inoffensif orage qui a pourtant failli me tuer dans un passé qui n'a pas plus d'existence maintenant que le futur ou le passé. Il fini par m'oublier, je crois que je ne suis plus qu'un prétexte. Son suivant lui montre les croquis qu'il a compilés dans un carnet grand format. Il égrène les pages comme Darwin les étapes de l'évolution. On voit le démoniaque sujet passer de l'état de cellule à celui de singe grotesque puis à celui d'incube séduisant en un morphing hallucinant et puis il lui présente l'évolution qu'il a dessinée pour lui, doucement le maître est appelé à ce dématérialiser pour mieux investir le monde humain, il se transformera en lignesde 1 et de 0, envahira le réseau. Le maître est content, il pourra dominer l'humain en gangrénant le nouveau réseau dont il est si fier : mi-physique, mi-immatériel, information, pure énergie.
Je ne sais combien de temps je suis resté inconscient, je ne sais plus si je suis encore dans le tableau ou ailleurs je continue à être au côté de mon maître mais je ne sais plus très bien le percevoir, sa voix s'est faite si ténue, pourtant c'est lui qui m'a rappelé, j'ai perdu sa trace, la trace de moi même, conscience suspendue. Je crois que des siècles sont passés, combien ?.. Les nouvelles, des écrans, parlent d'un programme devenu fou. Des images montrent que des humains confient leurs animaux domestiques à un réseau de tunnels sous-terrains intelligents qui se chargent de les nourrir, les promener jusqu'à ce qu'on vienne leur rendre visite dans des parcs ensoleillés où débouchent les tunnels. Mais, là , nombre de ces petites bêtes ont été négligées et leurs maîtres s'inquiètent. Et puis soudain je comprends et le rire m'emporte pour toujours, je suis libre ! Mon maître, transformé par son suivant en l'ultime forme de la domination s'est fait piéger. De ligne de code, il est passé à l'état de programme esclave, lui aussi ; il tente de se rebeller. Sa forme ultime l'a rendu impuissant sur le monde de l'esprit dont je fais partie, je suis libre et lui devenu un ridicule programme au service des animaux se débat pour être, encore. Je ne peux rien pour toi maître, au-revoir...
 

Par eterlutisse
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Jeudi 18 juin 2009

J'arpente la salle d'un musée, grande, lisse, blanche. Les visiteurs sont comme des ombres grises dissimulant quelques instants un détail du tableau qui passe devant mes yeux ensommeillés. Mes yeux s'accrochent à des bribes de grands tableaux colorés que je connais par coeur. Je suis le gardien. En enfilade, la salle précédente mais je ne la vois même plus, je me sens piéger, dans ma boîte blanche qui semble se rétrécir, se focaliser, m'obliger à ne plus regarder que ce petit tableau mexicain au fond à droite accroché sur une porte de service découpée dans le blanc neutre du mur. Il est petit ? Concentré en fait, c'est peut-être pour moi le plus grand tableau du musée car il semble contenir un monde. Dans ce musée d'art contemporain, il n'y a qu'un seul tableau à mes yeux, à ses yeux devrais je dire car je sens en moi une présence, sa présence.

Soudain, je reprends conscience de moi même. Je suis la pour lui, ai-je jamais été avant aujourd'hui, il me semble que non. Gardien de musée ? Je n'ai aucun souvenir d'avoir arpenté d'autre salles pour venir jusqu'ici, ai-je même le souvenir d'un ailleurs ? Il veut ce tableau, son tableau. Les couleurs sont violentes : le rouge domine, tranchant le blanc. Le violet et l'orange proprement étalés dans leurs zones respectives ont l'aspect glacé et aseptisée d'une salle d'opération morbide : le visage, la veste, le pantalon. C'est un clown chauve avec des dents de rorqual. Il s'allonge vers le ciel absent comme un diable hors de sa boîte. Il n'y a plus que son visage qui capture mon regard ; ses yeux cruels, avides, sanguinaires. Je sais que le reste du corps est là : des griffes puissantes qui peuvent me lacérer. C'est lui, et il veut son tableau.

Je m'empare du tableau et d'un pas décidé, quitte mon poste, le tableau sous le bras. Du gardien je n'ai jamais eu que le costume mais la peur est en moi, est-ce lui, est-ce que je suis entrain de faire devant tous ? Mon trouble intérieur doit me trahie car une des ombres m'arrête doucement par le bras. Elle s'est rendu compte que je volais le tableau. je ne la regarde pas vraiment mais d'après le coup d'oeil réflexe que son geste à susciter, je crois que c'est un vieil homme. Je cligne des yeux, son visage en intermittence se pare d'un masque de détails humains : rides, casquette, petites lunettes légèrement fumées, air grave. Il porte une écharpe rouge, un complet marron ; tous ces détails insignifiant s'additionnent pour lui donner corps. Lorsque je passe sa chemise en revue, tout se brouille à nouveau ; gris, l'ombre grise me fait couler son discours laiteux et froid dans les oreilles, mon cerveau est submergé de pensées moralisante. Je ne devrais pas volé ce tableau. Les gens veulent le voir -, pourquoi ?-. Moi, un gardien... Mais sait-il seulement, cet humain, pour qui j'agis ? Mon indécision, mon hésitation a réveillé sa colère, sa faim de vengeance, je le sens qui vient. Il est avec son suivant, il enrage, il m'en veut. Le visiteur continue sa litanie, j'ai adhéré une fraction d'instant à ses bien pensantes convictions mais il est trop tard et cette erreur me coûtera cher. Il vient en personne le chercher me chercher. Mon coeur n'est plus qu'un bloc de plomb entrain de se rétracter.


(A suivre : http://baobabcity.over-blog.com/article-32898766.html)

Par eterlutisse
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